August252009

Now your enemy

La vi(ll)e dort maintenant. Le ciel a suffisamment chialé son désespoir sur ses artères et le soleil n’a pas vraiment su prendre sa part du gâteau tant qu’il le pouvait. Tant pis, le silence glacial s’est imposé, comme une trêve d’une trop courte durée, sur les pavés usés de ce qui fut jadis la voie royale des conquêtes les plus pathétiques. Passons. Le vent frais ne suffit pas à générer le moindre bruit, et il est malheureux de penser que ce calme avant la tempête ne pourra, comme trop de choses, pas durer…

Demain, la populace va encore vivre la même journée qu’aujourd’hui, et certainement la même qu’hier. Fort à parier que le Lambda de base va se lever pour aller remplir ses obligations pour la société (et dans la plupart des cas, dans l’intérêt pur et dur des “grands” de ce monde, qu’il déteste ou admire sans raison autre que l’aspect matériel…), occupera sa pause midi à s’extasier devant la vie inintéressante de son entourage sur un célèbre réseau social virtuel, passera son après-midi devant sa montre, avant de passer une soirée envieuse devant la télévision dans le meilleur des cas, sur un célèbre réseau social virtuel sinon. Il n’oubliera pas de tirer son coup s’il est chanceux, évidemment.

Quoi qu’il en soit, cette journée sans intérêt de ces millions de ploucs, tristes victimes du blues quotidien de la matérialiste civilisation occidentale, viendra balayer le charme mélancolique de l’impression désemparée laissée par ces rues vides. Car demain, pas plus qu’aujourd’hui, personne ne s’interrogera sur la vanité d’une vie humaine de ce calibre. Pas un qui décidera de remettre de côté sa tranquille résignation à la routine déprimante pour apercevoir, l’espace d’un soupir du temps - notre ennemi commun - qu’une autre issue était possible. Mais est-ce vraiment trop tard ?

Une vie, c’est pas cette putain de routine. Mais Lambda a fait comme un mouton, comme les autres, comme on lui a dit. Il pense mener une existence unique et heureuse, il n’est que banalité et dépendance. Car sa drogue, c’est sa routine, son entourage qui se réduit comme peau de chagrin, alors même qu’il est persuadé du contraire lorsqu’il déblatère son lot de futilités quotidien sur son fameux réseau social virtuel. Insistez bien sur ce dernier mot, voilà comment résumer une décennie de relations humaines torturées. Mais Lambda ne le sait pas ça. Il n’a pas compris qu’il avait perdu le contrôle de son existence. Désormais, il n’a plus vraiment d’objectif, que celui de penser passer du bon temps dans sa pauvre solitude. Il a agi à l’instinct, celui de suivre le troupeau, qui file droit vers son ravin…

Pire encore, Lambda a eu quelques accrocs dans le passé, avec d’autres individus qui pourtant étaient une part conséquente de sa vie. En bon teigneux, fier, irresponsable, et surtout susceptible, ou de peur d’égratigner ses convictions déjà malmenées, il a tourné court à la discussion et mis fin à une relation, qui, elle, s’avérait enrichissante, du point de vue de la diversité d’opinion évidente…

Lambda a d’abord fait basculer d’amour à haine, puis de haine à indifférence, et enfin d’indifférence à oubli total. Lambda croit qu’il a plein d’amis. Lambda n’a en fait même plus d’ennemis.

Lambda est maintenant son propre, seul et unique ennemi…

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