Virtualiser, mais jusqu’où ?
Un des faits les plus insupportables de cette fin de décennie est le côté artificiel des relations dans lequel cette génération maudite tend à tomber, et il semble bien que le point de non-retour ait été atteint depuis bien longtemps. Il va de soi que les gens deviennent de plus en plus cons vis à vis des autres, à vivre de nouvelles cyber-addictions sans intérêt tout en s’éloignant inexorablement des fondamentaux du côté social de l’être humain.
A l’heure du buzzword virtualisation, il est immanquable de constater qu’il concerne également l’aspect social. Le web devait nous apporter de nouveaux moyens de nous exprimer tous, de manière plus libre, et c’est bien là que l’abruti de service l’exploite à d’autres tristes fins. Déblatérer des lignes de conneries sur “sa pauvre vie minable” est devenu le passe-temps favori d’un nombre incalculable de crétins en herbe, persuadés que ça intéressera le monde entier.
Semi-erreur, ni plus ni moins ! Il est maintenant élémentaire, grâce au super réseau social virtuel Facebook, de connaître tous les détails et autres futilités de la vie de ses soi-disant amis. Car comme je l’avais souligné auparavant, le mot ami semble être utilisé à drôle d’escient par les temps qui courent…
Ce petit bijou de technologie web moderne ayant fait la fortune de son créateur par l’addiction de millions de crétins participe grandement à la dépression des relations humaines, et à la perte des valeurs que peuvent être certains sentiments. Alors que l’on croit qu’il vous rapproche des autres, il ne fait que de vous en éloigner. Pendant que vous vous réjouissez d’avoir retrouvé votre grand pote de primaire, perdu de vue il y’a quinze ans minimum de cela (et à qui vous ne sauriez quoi raconter, mais bon, c’est votre ami, c’est évident !), vous artificialisez toutes vos relations sociales. En général peu vont résister à ce nouvel élan virtuel. Vous ne prendrez plus de nouvelles des personnes dont vous étiez proches, vous leur enverrez un message sur Facebook, ou écrirez sur leur mur… C’est tellement plus simple et moderne.
Ne vous moquez pas, ce comportement est presque devenu une norme. Facebook est le meilleur moyen à l’heure actuelle de savoir ce que fait votre entourage. Important de savoir que X a écrit un message à Y. Capital de savoir que votre collègue est célibataire depuis trois jours ! Officieusement, Facebook est la nouvelle addiction par excellence des cyber-addicts en manque de relations sociales dignes de ce nom. Chacun va donc espionner des cibles préférentielles pour savoir exactement qui fait quoi à quel moment. Arnaque de plus en plus addictive, tant le nombre de personnes, qui, au lieu d’occuper intelligemment sa soirée en réalisant une activité digne de ce nom, va l’exploiter de manière quasi-intégrale sur cette nouvelle drogue, croît de manière exponentielle.
Mais le pire, j’y reviens, c’est le côté artificiel de la chose. Auparavant, on téléphonait pour souhaiter un anniversaire, et parler à interlocuteur reste largement plus plaisant que de lire l’original “Joyeux Anniversaire !” sur son “mur”, preuve irréfutable que l’on ne dépensera plus la moindre minute de son temps à prendre des nouvelles. Pire encore, maintenant, il est devenu presque dans les moeurs de déclarer sa flamme à quelqu’un sur cette plate-forme virtuelle. Ce qui se disait au creux de l’oreille en privé, par une belle soirée d’hiver au coin du feu, est maintenant offert en digne récompense à toutes ces taupes pour les faire saliver, et avec la ferme intention d’avoir quelque chose à prouver jusque dans ces contrées virtuelles désolées. Il est maintenant gage de fidélité d’officialiser sa relation amoureuse sur Facebook, comme si c’était le plus parfait symbole d’une union que de le faire savoir à toute la galerie. Et de votre interlocuteur de s’en réjouir, de comprendre que c’est la plus belle preuve d’amour qui soit, à l’heure de la course à la plus grosse, soit au nombre d’amis sur ce réseau.
Personnellement, je me refuse à rentrer dans cette partie du rang, exhiber toute ma personnalité sur ces tristes pages. Je suis de ces irréductibles qui ont pensé que les paroles sont une chose, mais les faits en sont d’autres. Surtout quand les paroles ne sont qu’une façon de cacher son manque de personnalité. Car une cyber-relation ne remplacera jamais rien dans la vraie vie. Et a toutes les chances d’échouer lamentablement, par le matraquage de promesses en tous genres que l’on ne pourra jamais accomplir. Le flux de ces paroles en l’air inondera la réalité provoquant des dégâts irréparables, car l’on existe pour ce que l’on fait, et pas pour ce que l’on dit. Et refuser de rentrer dans le jeu peut se voir un jour être reproché. A croire que Facebook a été catalyseur de la génération artificielle, qui, telle une pieuvre, tend à imposer ses normes catastrophiques sur la cybersphère, contribuant inexorablement au désespoir étendu et à l’illusion omniprésente de bonheur virtuel.